Johan Ben Azzouz, reporter-photographe

Pourquoi je passe moins d'une minute (par photo) sur le post-traitement de mes reportages ? (dernière mise à jour 19 août 2026)
En photo de presse, le temps est compté. Voici comment je trie, développe, légende et envoie mes photos au quotidien, avec un objectif simple : passer le moins de temps possible devant l'ordinateur sans sacrifier la qualité des images, tout en restant réactif lorsque l'actualité l'impose.


Notation des photos directement sur le boîtier Canon R3

1re étape
Elle est bien sûr facultative et n'est pas disponible sur tous les boîtiers. Utiliser le bouton Rate (note) pour attribuer de 1 à 5 étoiles à certaines photos. Ça fait gagner beaucoup de temps, notamment pour le sport où il faut envoyer les images rapidement. Grâce à cette fonction, je peux déjà afficher quelques bonnes photos dans DxO dès que j'ai copié la carte sur mon disque dur, puis les traiter et les envoyer.

Développement des fichiers RAW dans DxO PhotoLab

2e étape
Utiliser DxO PhotoLab pour transformer mes fichiers RAW (.CR3 chez Canon) en JPEG. Une fois développés, je ne conserve pas les RAW : ils prennent trop de place et le JPEG traité est largement suffisant. Bon, en conservant mes RAW d'il y a 10 ans, j'aurais aujourd'hui pu régénérer des JPEG avec beaucoup moins de bruit grâce à DeepPRIME dans DxO. Tant pis : les RAW prennent vraiment trop de place.

Légendage et envoi des photos avec Photo Mechanic

3e étape
Je légende mes photos sous la forme « Ville, date, description de l'événement et éventuellement nom de la personne. PHOTO JOHAN BEN AZZOUZ LA VOIX DU NORD ». Photo Mechanic possède un FTP intégré : je fais parvenir via ce logiciel les photos directement sur le serveur FTP du journal. Plus tard, le service documentation archivera mon envoi dans le DAM.


Tout a commencé avec Aperture

Depuis 2007, je travaillais avec Aperture, le logiciel professionnel (et payant) de gestion et de post-traitement photo d'Apple. J'y avais pris mes habitudes au fil des années : organisation des images, sélection, traitement et classement. Je pouvais également légender mes images (titre, description, etc.).
Apple a finalement abandonné le développement d'Aperture en 2014 et il a fallu changer de logiciel. J'ai alors dû réapprendre (quelques semaines d'adaptation) une partie de mes habitudes de travail en adoptant DxO PhotoLab, qui en était à l'époque à sa version 4.
Aujourd'hui, mon workflow repose principalement sur DxO PhotoLab 9 (un logiciel français, environ 240 euros avec une licence à vie ; il est généralement intéressant de l'acheter au moment du Black Friday, en novembre) pour le développement des RAW, et sur Photo Mechanic (logiciel américain ; j'ai une licence à vie depuis quelques années, mais il est désormais proposé sous forme d'abonnement) pour le légendage et l'envoi des photos. Ces deux logiciels sont compatibles Mac et PC. Pour ma part, ils tournent sous macOS sur un (vieillissant) MacBook Air M1.


Le post-traitement commence au moment où je déclenche

Pour moi, idéalement (mais ce n'est pas toujours le cas, ça m'arrive de me rater), une photo de presse doit déjà être exploitable à la sortie du boîtier. Le JPEG produit par l'appareil doit être suffisamment bon pour pouvoir être envoyé si l'actualité l'exige.
Une légère sous-exposition ou surexposition peut évidemment être récupérée dans le RAW, mais je considère cela comme une possibilité de secours, pas comme une méthode de travail. Une photo mal exposée ou mal cadrée signifie simplement davantage de temps passé ensuite devant l'ordinateur.
Je contrôle également l'horizon dans DxO PhotoLab. Le raccourci G affiche une grille qui permet de vérifier très précisément l'horizontalité. Il m'arrive régulièrement de corriger une photo de seulement : ce n'est pas grand-chose, mais cela peut immédiatement se voir sur une ligne d'horizon, un bâtiment ou une architecture.


Deux cartes mémoire sur le Canon R3 (et R6)

Sur mon Canon R3, j'enregistre en parallèle un RAW sur la carte CFexpress et un JPEG qualité L sur la carte SD. Ce JPEG peut notamment être envoyé directement depuis le boîtier en cas d'actualité urgente, par exemple pour une manifestation ou un fait divers. C'est également une sécurité : si une carte mémoire rencontre un problème, le reportage n'est pas entièrement perdu puisque j'ai une deuxième carte contenant les JPEG. Sur mon Canon R6 Mark II, le principe est similaire avec ses deux emplacements SD : une carte pour les RAW et l'autre pour les JPEG.


Boîtier photo avec deux emplacements pour cartes mémoire

Un boitier avec deux slots pour carte mémoire est l'idéal : une carte avec enregistrement en RAW, et une carte en JPG L (sauvegarde ou envoi en direct).

Lecteur de carte CFexpress Type B USB 3

Un lecteur de carte USB 3 pour carte CF Express type B. Le déchargement est très rapide sur un disque SSD. Pour la carte SD j'ai un autre lecteur.



Le tri commence dans DxO PhotoLab

Je décharge mes cartes sur le SSD interne de mon Mac, dans un dossier temporaire portant généralement la date et le type de reportage. J'ouvre ensuite le dossier directement dans DxO PhotoLab 9.
Je commence le tri en attribuant des notes aux images : 3 étoiles, je garde ; 4 étoiles, c'est top ; 5 étoiles, c'est excellent. Je travaille généralement en remontant de la photo la plus récente vers la plus ancienne.
Quand je repère une image intéressante directement sur le Canon R3, je peux aussi lui attribuer une note avec le bouton de notation du boîtier. La sélection est alors déjà visible lorsque j'ouvre les images dans DxO. Je commence donc parfois le tri avant même d'être devant l'ordinateur.
Pour les rafales, je ne regarde pas forcément chaque image une par une. Si cinq ou six photos sont quasiment identiques, je sais généralement très vite laquelle est la meilleure.
Sur un reportage de 300 photos, je vais généralement en conserver moins d'une cinquantaine. Le tri est une part essentielle du gain de temps : il est plus rapide de traiter 40 bonnes photos que de développer 150 images « au cas où ».


Je développe une première photo et je copie les réglages

Je n'utilise pas de preset DxO. Dès que je commence à noter une photo, je fais mes réglages sur celle-ci, puis je copie les corrections pour les appliquer aux images suivantes que je vais conserver.
Pour la netteté, je me contente d'activer le Masque de netteté avec mes réglages habituels. Je ne passe pas mon temps à chercher une combinaison différente pour chaque image.
Je peux intervenir sur les hautes lumières lorsque le fichier le nécessite. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les ciels blancs ou gris sont assez fréquents et leur récupération permet parfois de retrouver un peu de matière dans le ciel.
Je laisse la balance des blancs en AWB (Auto White Balance, ou balance des blancs automatique) sur mon R3 et je ne la corrige dans DxO que lorsque le rendu automatique est manifestement à côté de la plaque.
J'utilise également ClearView Plus en fonction du sujet. Sur un paysage, il peut améliorer le contraste général ; je l'utilise avec davantage de retenue lorsque le rendu naturel de la scène est important.


Copie des réglages dans DxO PhotoLab

Je fais les réglages sur une première photo, et je copie/colle les réglages pour les autres, quitte à réajuster un autre paramètre ensuite individuellement.

Export d’un fichier RAW en JPEG dans DxO PhotoLab

J'exporte les RAW (pas loin de 30 Mo) en JPG (qualité 90, moins de 5 Mo) et je ne conserve pas les fichiers RAW, qui prennent beaucoup trop d'espace disque.



Les corrections optiques : DxO fait le travail à ma place

J'utilise les corrections optiques de DxO : distorsion, vignetage, aberrations chromatiques et les autres défauts optiques que le logiciel peut corriger.
DxO réalise des mesures en laboratoire sur de nombreuses combinaisons de boîtiers et d'objectifs. Le logiciel peut ainsi appliquer des corrections adaptées au matériel utilisé, en tenant compte des caractéristiques de chaque couple boîtier / objectif.
C'est un vrai gain de temps : je n'ai pas à corriger manuellement chaque défaut optique photo par photo. À noter que sur un fichier JPEG provenant du boîtier, celui-ci effectue déjà lui-même une partie des corrections des défauts optiques.


DeepPRIME : la réduction du bruit

La réduction du bruit est probablement l'un des principaux avantages de DxO dans mon workflow. J'utilise DeepPRIME 3 sur toutes mes photos, même à 100 ISO.
Dès que je dépasse 6400 ISO, je passe à DeepPRIME XD3 lorsque le délai le permet. XD3 est beaucoup plus lent sur mon MacBook Air équipé d'une puce M1.
Pour un reportage sportif urgent, notamment en football ou en basket, je privilégie donc souvent DeepPRIME 3 : l'export JPEG est beaucoup plus rapide. Lorsque j'ai davantage de temps, XD3 permet d'aller plus loin dans la réduction du bruit sur les fichiers fortement sollicités par les hautes sensibilités.


JPEG qualité 90 : un compromis entre qualité et poids

Une fois les photos sélectionnées et développées, j'affiche uniquement les images notées et je les exporte en JPEG qualité 90 dans un dossier portant le nom du reportage, par exemple Éclipse solaire partielle à Wimille - 12-08-26.
Pour l'envoi sur le FTP de la rédaction, une photo ne doit pas dépasser 10 Mo. Une qualité JPEG de 90 constitue donc un bon compromis entre qualité d'image et taille du fichier. Il n'y a pas vraiment d'intérêt à produire des fichiers inutilement énormes pour les transmettre ensuite sur un serveur qui impose une limite de taille.


Photo Mechanic : légender et envoyer rapidement

Une fois mes JPEG prêts, je passe dans Photo Mechanic. Je l'utilise avant tout parce qu'il est très rapide et qu'il permet de gérer efficacement le légendage et l'envoi FTP.
Pour un reportage simple, je fais une légende et je l'applique à toute la série. Par exemple :
Wimille, le 12 août 2026, Éclipse partielle sous la statue de Napoléon de la Colonne de la Grande Armée. PHOTO JOHAN BEN AZZOUZ LA VOIX DU NORD.
Pour un reportage plus compliqué, comme un match de football professionnel ou un conseil municipal (ce qui implique beaucoup de portraits de personnes différentes), je fais une légende générale puis je modifie chaque photo juste avant son envoi pour ajouter le nom d'un joueur, d'un entraîneur ou d'une personnalité politique.


Les raccourcis pour légender les joueurs

Pour le sport, je prépare en début de saison des fichiers texte contenant des raccourcis avec les noms des joueurs. Avant chaque match, je modifie simplement le fichier à partir de la feuille de match.
Par exemple, si je photographie le numéro 10 de Boulogne, je peux taper >B10> dans Photo Mechanic pour faire apparaître automatiquement le nom correspondant. Le même principe peut être utilisé pour différentes équipes : B pour Boulogne, D pour Dunkerque, L pour Lille, etc.
Cela permet de légender très rapidement les photos lorsqu'il faut les envoyer dans la foulée : par exemple "Action de match entre >b10> et >d77>". Photo Mechanic remplace instantanément et automatiquement les codes par les textes complets : "Action de match entre Amine El Farissi (USBCO) et Aristide Zosso (Dunkerque)."


Raccourcis de légendage dans Photo Mechanic

Les raccourcis très pratiques pour légender vite des personnes, ici le fichier pour un Enduro du Touquet (motards). Si je tape >E1> ça va mettre automatiquement le pilote avec le dossard 1.

Interface de Photo Mechanic et envoi FTP

Une vue générale du logiciel Photo Mechanic (disponible sur Mac et PC). Quand c'est en vert : c'est que la photo a bien été envoyée sur le serveur FTP du journal.


Le cas particulier du sport

Pour un match, je ne vais pas forcément attendre la fin de la rencontre pour traiter toutes mes photos. Je peux par exemple me concentrer sur les vingt premières minutes ou sur une première mi-temps, sélectionner une dizaine de photos, leur appliquer le réglage copié depuis la première image, puis passer dans Photo Mechanic pour les légender et les envoyer.
Je peux envoyer les photos une par une ou utiliser le raccourci Commande + U dans Photo Mechanic pour déclencher l'envoi FTP. Un rédacteur attend les images, il faut donc les transmettre au fur et à mesure.
À la mi-temps, une première sélection peut déjà être partie. À la fin du match, je vais ensuite en salle de presse pour refaire un tri complet et envoyer d'autres images, notamment de l'échauffement, de phases de jeu moins importantes, d'un carton rouge, d'un fait de match ou de réactions.
Le premier tri sert à être rapide. Le deuxième sert à être complet.

Le JPEG devient mon archive

Une fois les JPEG exportés, je ne conserve pas les RAW (environ 29 Mo par photo sur un Canon R3) : le JPEG final, qui fait souvent moins de 5 Mo, constitue mon archivage définitif.
Le fichier envoyé sur le FTP via Photo Mechanic est ensuite pris en charge par le service documentation de La Voix du Nord, qui peut encore enrichir les métadonnées avant de l'intégrer au DAM (Digital Asset Management), le système de gestion et d'archivage numérique de la rédaction.
Les rédacteurs peuvent ensuite retrouver facilement les photos dans les archives grâce à une recherche par mots-clés et aux différentes informations associées aux fichiers.



Alors, pourquoi moins d'une minute par photo ?

Au fond, ce n'est pas DxO PhotoLab qui me permet à lui seul de traiter mes photos aussi rapidement. C'est l'ensemble du workflow.
La photo doit déjà être correcte à la prise de vue. Le tri commence parfois directement sur le boîtier. Je ne garde qu'une petite partie de mes images. Je développe une première photo, je copie ses réglages sur les suivantes et je laisse DxO automatiser les corrections optiques et une grande partie du traitement du bruit.
Ensuite, j'exporte des JPEG directement exploitables, je les légende rapidement dans Photo Mechanic et je les envoie sur le FTP. Pour le sport, le workflow devient presque un flux continu entre le terrain et la rédaction.
Je peux évidemment dépasser la minute lorsque la photo le nécessite. Par exemple, un paysage avec un ciel bleu peut révéler des poussières sur le capteur qu'il faut retirer avec l'outil tampon de DxO. Mais ce sont des exceptions : bien que mon capteur soit souvent sale. J'évite donc de fermer trop le diaphragme pour limiter les dégâts !


Pour terminer :
À noter : j'utilise ici la version Elite de DxO PhotoLab. Il existe d'autres versions du logiciel, mais je ne les connais pas suffisamment pour détailler leurs différences et leurs limitations. Cet article n'a donc pas vocation à faire un comparatif des différentes versions de DxO PhotoLab, ni à faire la promotion du logiciel. Je ne suis pas ambassadeur DxO et je paye moi-même pour l'utiliser. Depuis l'abandon d'Aperture par Apple, DxO PhotoLab est devenu mon logiciel de développement photo préféré. J'ai également essayé Lightroom, mais je n'ai jamais vraiment accroché : je le trouve trop complexe et un peu « usine à gaz » pour ma façon de travailler. DxO correspond davantage à mon besoin : ouvrir mes RAW, faire rapidement les quelques corrections nécessaires et passer à la photo suivante.

Si je passe moins d'une minute sur le post-traitement de la plupart de mes photos de presse, ce n'est donc pas parce que je cherche à bâcler mon travail. C'est plutôt l'inverse : j'essaie de faire en sorte que chaque étape ait une raison d'être. Une bonne photo de presse doit d'abord être bonne au moment où je déclenche. Le reste consiste surtout à sélectionner, finaliser et transmettre rapidement une image déjà exploitable.
Le post-traitement rapide commence donc avant même que j'ouvre l'ordinateur.

Pour aller plus loin

Comment choisir un objectif ?
L'objectif (objo, caillou dans le jargon) est l'élément dont la qualité a le plus d'incidence sur le piqué [...]

Comment choisir un boitier ?
Désormais, le choix se fait essentiellement entre les appareils hybrides et le marché de l'occasion [...]

Comment j’ai photographié Napoléon pendant l’éclipse solaire ?
Une image comme celle-ci ne se réalise pas [...]

Comment je régle mon appareil ?
Il n'existe évidemment pas un réglage universel valable pour toutes les situations. Les choix [...]


Choisir un sac photo
Trouver le sac photo parfait permettant de transporter et protéger votre précieux matériel relève de la [...]

Comment choisir un ordinateur ?
Clairement en 2026, n’importe quel ordinateur portable ou fixe récent, que ce soit un PC ou un Mac, peut [...]

Comment choisir un flash ?
Le flash cobra est loin d’être indispensable pour faire de bonnes photos. Les appareils récents [...]

Photographier du foot amateur
Pour s’initier à la photographie sportive, couvrir un match de football amateur est un choix [...]

Récupérer des photos supprimées
Effacer le contenu d’une carte mémoire par erreur en la formatant peut arriver à tout le monde : pas de panique [...]


Mon workflow avec DxO et Photo Mechanic
Pourquoi je passe moins d'une minute (par photo) sur le post-traitement de mes reportages [...]

Photographier le sport
La photographie sportive est un domaine assez difficile à maîtriser. Elle demande une [...]

Obtenir une accréditation
L'accréditation est le précieux sésame permettant de photographier un concert, une manifestation [...]

Photographier un concert
Photographier un concert ou un spectacle est relativement complexe, mais très stimulant [...]


Photographier un coucher de soleil
Photographier un coucher de soleil est un véritable régal pour la rétine et pour le photographe, impossible de [...]

10 conseils pour réussir vos photos
Quelques conseils, un peu en vrac, pour éviter les erreurs classiques. Le tout premier conseil [...]

Comment réaliser un effet de filé ?
Indispensable pour photographier les sports mécaniques comme les rallyes, la F1, ou les championnats de [...]

Photographier sous la pluie
Étant du Pas-de-Calais, a priori j'ai une certaine expertise pour répondre à cette question. Certains boitiers [...]

Notions de base
Lors d'une prise de vue, le photographe peut ajuster 4 paramètres pour composer et contrôler [...]


Retrouvez-moi également sur Instagram
© 2026 Johan BEN AZZOUZ / La Voix du Nord